Zeste d'agrume enroulé en spirale sur fond noir, libérant une fine pulvérisation d'huile essentielle dans une lumière rasante, illustration du rapport entre parfum et saison.

Un parfum a-t-il une saison ?

On répète qu'il y a des parfums d'été et des parfums d'hiver. La règle est vraie, mais elle n'est pas une règle sur les parfums. C'est une règle sur la température.

Un parfum ne change pas de formule au mois de juillet. Ce qui change, c'est la vitesse à laquelle il quitte votre peau — et cette vitesse suffit à transformer un parfum enveloppant en parfum envahissant.

Que fait la chaleur à un parfum ?

Elle accélère l'évaporation. Un liquide passe à l'état de vapeur d'autant plus vite qu'il est chaud, et le parfum n'échappe pas à cette loi. La conséquence a deux versants, et on n'en retient généralement qu'un.

Premier versant : le parfum dure moins longtemps. Ce qui devait s'évaporer en huit heures s'évapore en quatre.

Second versant, celui qu'on oublie : à chaque instant, il en part davantage. La même pulvérisation libère plus de matière dans l'air à 32 °C qu'à 15 °C. Un parfum qui vous paraissait juste en décembre devient trop en juillet, sans qu'une seule molécule ait changé.

Pourquoi les agrumes s'effondrent-ils l'été ?

Parce qu'ils sont déjà les molécules les plus légères de la composition. Les hespéridés — citron, bergamote, pamplemousse, orange — occupent les notes de tête précisément parce qu'ils s'évaporent vite. La chaleur ne fait qu'accentuer un mouvement déjà en cours.

Un agrume seul, en plein soleil, tient donc très peu. C'est pour cette raison que les parfums d'été réussis ne sont presque jamais des agrumes seuls : ils posent l'éclat en tête, puis l'ancrent sur une matière plus lourde. Nice Bergamote d'Essential Parfums, composé par Antoine Maisondieu, referme sa bergamote de Calabre sur un vétiver d'Haïti. Le vétiver ne rafraîchit pas : il retient.

Flacon de Nice Bergamote d'Essential Parfums, verre transparent, étiquette blanche et bouchon clair, rechargeable.
Nice Bergamote, composé par Antoine Maisondieu. La bergamote de Calabre donne l'éclat, le vétiver d'Haïti le retient.

Pourquoi les ambrés étouffent-ils l'été ?

Pour la raison inverse. Un ambré est construit sur des matières lourdes — résines, baumes, vanilles, muscs — dont l'évaporation lente fait toute la qualité en hiver. Portez le même flacon à 32 °C et cette lenteur devient un débit soutenu qui ne s'interrompt pas.

Le parfum n'est pas devenu mauvais. Il est devenu trop présent pour la situation. La différence est importante, parce qu'elle indique la solution : réduire la dose avant de changer de parfum.

La règle souffre-t-elle des exceptions ?

Elle en est pleine, et nos propres fiches le montrent.

Sur les 202 parfums du catalogue, les douze hespéridés sont tous recommandés au printemps ou en été. Sur les 97 ambrés, 86 sont recommandés en hiver. La tendance est nette.

Puis viennent les cas qui la contredisent, et ils sont instructifs.

  • Van Sea de Lorenzo Pazzaglia est un ambré gourmand, et sa fiche ne recommande que l'été. Notes marines, vanille de Madagascar, santal : la note saline tient l'ambre en respect et l'empêche de s'épaissir.
  • Lemon Tart de Theodoros Kalotinis est un hespéridé, et sa fiche recommande les quatre saisons. Le zeste de citron y est posé sur une crème de vanille et une pâte sablée, qui l'empêchent de s'effondrer.
  • Sun Gria, du même parfumeur, est un extrait — la mention la plus concentrée — recommandé pour l'été seul. Orange sanguine, thé noir, vanille de Madagascar.

Le point commun de ces trois-là : ce n'est pas la famille olfactive qui décide de la saison, c'est la construction. Un ambré tenu par du sel se porte en juillet. Un agrume ancré sur un fond crémeux traverse décembre.

Trois flacons du catalogue PlanèteBeauty qui contredisent la règle des saisons : Van Sea et Sun Gria de Lorenzo Pazzaglia, et Lemon Tart de Theodoros Kalotinis.
Les trois exceptions du catalogue : Van Sea, un ambré gourmand recommandé pour l'été seul ; Lemon Tart, un hespéridé recommandé aux quatre saisons ; Sun Gria, un extrait d'été.

Faut-il se parfumer avant de s'exposer au soleil ?

Non, et cette recommandation n'est pas une précaution de confort.

Certaines huiles d'agrumes obtenues par expression contiennent des furocoumarines, dont le bergaptène, qui sont photosensibilisantes. La profession encadre leur emploi depuis longtemps : la norme IFRA relative aux huiles d'agrumes limite la concentration de bergaptène à 15 ppm dans les produits qui restent sur la peau, et une recommandation sur l'essence de bergamote existe depuis 1974 pour les zones exposées au soleil. Les parfumeurs disposent par ailleurs d'essences débarrassées de ces composés.

Un parfum vendu aujourd'hui respecte donc ces limites. La règle de bon sens tient malgré tout : vaporisez sur un vêtement, dans les cheveux, ou sur une zone couverte, plutôt que sur un décolleté qui va passer l'après-midi au soleil.

Faut-il donc un parfum par saison ?

Pas nécessairement. La question à se poser n'est pas « ce parfum est-il un parfum d'été » mais « à quelle dose ce parfum est-il juste aujourd'hui ». Deux pulvérisations d'un ambré en août valent souvent mieux qu'un achat supplémentaire.

La saison indiquée sur nos fiches est une recommandation de port, établie à partir de la composition. Elle vous oriente. Votre thermomètre et votre entourage tranchent.

— BH

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